La Villa Neutra, l'autre pépite de Croix

La Villa Neutra, cette « autre pépite » architecturale  



Clichés de Jacques Desbarbieux © Amis de la Villa Cavrois



Un article de Gilles Marchal dans la Voix du Nord, dans l'édition de Roubaix, le dimanche 2 juin 2019 et l'édition de Lille le lundi 3 juin 2019.
gmarchal@lavoixdunord.fr



L’architecte Richard Neutra (1892-1970) a voulu cette maison posée entre les arbres, élégante et transparente, en dialogue avec la nature.

Seule réalisation en France de l’architecte américain Richard Neutra, la villa qui porte son nom est à vendre. Le maire Régis Cauche (LR) tente de convaincre les instances locales et nationales d’acquérir la propriété pour éviter qu’elle ne subisse le même sort que la Villa Cavrois. 



À Croix, on recense quatre monuments historiques : le château de La Fontaine propriété du fondateur d’Auchan Gérard Mulliez, l’église Saint-Martin, la Villa Cavrois et une autre maison, plus modeste, cachée entre l’hôtel de ville et le parc Barbieux : la Villa Neutra. On l’appelle aussi maison Delcourt, du nom du patron des 3 Suisses qui la fit construire en 1968. Cette villa est la seule réalisation en France mais aussi le dernier projet de l’architecte américain Richard Neutra, considéré comme l’un des piliers du Mouvement moderne. Elle a été conservée par Marcel Delcourt jusqu’au milieu des années 1990 avant d’être acquise par Bruno et Brigitte Ernst, les propriétaires actuels. Depuis quatre ans, ils cherchent à la vendre... En vain.

On est dans l’authenticité, tout ou presque est d’époque, c’est une maison merveilleuse. 
« Elle est très mal entretenue, rien n’a été fait depuis 1994 », remarque Anita Leurent, guide-conférencière qui fait visiter la villa sur demande. Or, ce qui peut faire l’effet d’un repoussoir pour de potentiels acquéreurs est un atout en matière de patrimoine : « On est dans l’authenticité, tout ou presque est d’époque, c’est une maison merveilleuse », assure la guide.



Cela n’a pas échappé au maire de Croix, Régis Cauche. Ni au président de la MEL Damien Castelain, ni au président du Centre des Monuments Nationaux Philippe Belaval qui l’ont tous visitée récemment. Et pas seulement pour le plaisir. « L’idée est d’éviter qu’elle se dégrade et qu’elle tombe entre les mains d’un acquéreur qui ne la respectera pas », explique Régis Cauche, décidé à porter le projet d’acquisition quelques mois avant que la métropole ne devienne « capitale mondiale du design ».

Trois millions d'Euros à trouver

Le maire a écrit à une dizaine de décideurs publics, notamment aux présidents du Département et de la Région, pour les convaincre de réfléchir sur « le devenir et l’usage de cette villa ». Et pour les inciter à mettre la main au portefeuille.

Le prix de la villa Neutra est estimée à environ deux millions d’euros et les travaux de rafraîchissement pourraient atteindre le million. « Je ne souhaite pas que la ville de Croix mette un centime dans cette affaire, prévient toutefois Régis Cauche. Ce n’est pas la vocation d’une ville de prendre en charge un bâtiment qui a une portée nationale voire internationale. Mais si chaque collectivité met 500 000 euros, on peut avoir un beau projet. »



« Un choc pour l’époque » 

Des jeux de vitres et de miroirs démultiplient les perspectives et la luxuriante végétation extérieure s’invite dans la maison, où que l’on soit.

Sans atteindre la démesure et la grandiloquence de sa grande sœur la villa Cavrois dont elle n’est distante que de 400 mètres à vol d’oiseau, la villa Neutra témoigne d’un engagement artistique indéniable.



Classée monument historique le 28 juillet 2000, elle est un modèle de dialogue avec la nature. Richard Neutra (1892-1970) l’a voulue posée entre les arbres, élégante et transparente. Des jeux de vitres et de miroirs démultiplient les perspectives et la luxuriante végétation extérieure s’invite dans la maison, où que l’on soit. « Elle est assez incroyable, ce fut un choc pour l’époque, mais pas au niveau des dimensions », témoigne Anita Leurent, guide-conférencière.



Douze pièces

La maison dispose d’une surface habitable de 380 m 2 , de douze pièces dont six chambres, le tout planté dans un parc de 7 000 m2. Au début des années 2000, les propriétaires actuels ont cédé une partie du terrain de 13 000 m2 à des promoteurs immobiliers, s’attirant les foudres du voisinage.



C’est ce même voisinage, dont plusieurs membres du conseil de Croix font d’ailleurs partie, que le maire Régis Cauche veut absolument préserver dans la perspective d’un rachat public : « Les visites se feront uniquement par petits groupes, sur rendez-vous. On peut aussi envisager des séminaires, des résidences d’artistes ou d’architectes. » Autant de pistes d’exploitation partagées par WAAO et Docomomo, deux associations de valorisation et de protection de l’architecture très attentives au devenir de la Villa Neutra.





Un article paru à l'occasion de l'Exposition " La Maison Delcourt, chef d’œuvre caché de Richard Neutra "

Qui s'est déroulée du 18 octobre au 21 décembre 2018 au WAAO, le centre d’architecture et d’urbanisme de Lille, Place François Mitterrand, allée de Liège, 59777 Euralille
waao.fr



Croix, petite commune bourgeoise de la banlieue lilloise recèle de trésors. Après la réouverture au public de la Villa Cavrois en 2015, œuvre de Robert Mallet-Stevens enfin réhabilitée, c'est la maison Delcourt, construite par Richard Neutra au cœur de la ville, que les amateurs d'architecture moderne sont invités à redécouvrir au WAAO, le centre d’architecture et d’urbanisme de Lille. L'exposition, en forme de visite guidée, est déroulée au fil des clichés de Julien Lanoo. Elle vient accompagner l'engagement du WAAO et de Docomomo pour soutenir la possible acquisition de l'habitation par une collectivité ou un groupement privé, afin de la restaurer et de la rendre accessible au plus grand nombre.



Unique construction de Richard Neutra en France, et dernier projet de l’architecte décédé en 1970, la maison Delcourt est un chef-d’œuvre méconnu. Construite en plein centre-ville de Croix (Nord) en 1968 pour l’industriel Marcel Delcourt, elle se déploie en cœur d’îlot, dans un vaste jardin boisé. Une situation privilégiée qui a permis à l’architecte, proche de Frank Lloyd Wright et de Rudolf Schindler, de bâtir une véritable «maison dans la prairie» pour le couple et ses sept enfants, où architecture et nature s’imbriquent sur 600 m2. 



La maison Delcourt n’a rien à envier aux réalisations californiennes de Neutra: structure poteaux-poutres filiforme, plan ouvert, horizontalité marquée par le prolongement des sols et des plafonds au-delà des façades vitrées, rideaux et cloisons mobiles, murs polychromes, tous les éléments du vocabulaire moderne de l’architecte sont ici appliqués. Sans décontextualiser l’œuvre pour autant: les briques de la cheminée proviennent d’une commune voisine, Hem; les sols sont en grès d’Artois. Par ailleurs, une partie du mobilier intégré a été dessinée par Richard Neutra et son associé Bruno Honegger (escalier, meuble de la family room, canapé, bibliothèque, etc). Autant de qualités qui ont conduit à l’inscription du bâtiment et de sa parcelle aux Monuments historiques en juillet 2000.


Œuvre totale

La maison, qui n’a connu que deux propriétaires depuis son inauguration en 1968, est aujourd’hui en vente. Pour ne pas abandonner ce trésor caché, le WAAO, le centre d’architecture et d’urbanisme de Lille, Docomomo France, l’école d’architecture et de paysage de Lille et le photographe Julien Lanoo proposent une exposition consacrée au bâtiment, visible jusqu'au 21 décembre 2018. Photos d’époque signées Cardot et Joly ou contemporaines de Julien Lanoo, plans, documents techniques et courriers entre l’architecte, l’entreprise de construction Rabot-Dutilleul et ses commanditaires, permettent de se plonger dans cette œuvre totale, restée quasi intacte depuis 1970.



De maison à lieu de création

WAAO et Docomomo travaillent également sur la possible acquisition de la maison Delcourt par une collectivité ou un groupement privé, afin de la restaurer et de la rendre accessible au plus grand nombre, accompagnés en cela par le Neutra Institute for Survival Through Design, représenté par le fils de l’architecte, Dion Neutra. Les deux associations proposent de transformer cette maison familiale en un lieu hybride de recherche, de résidence pour créateurs, de formation (en organisant un chantier-école pour sa réhabilitation) et de visite. Un programme culturel riche en quête de soutiens, pour valoriser le patrimoine architectural régional autant que les grandes figures industrielles qui furent aussi des maîtres d’ouvrage éclairés, comme Paul Cavrois et Marcel Delcourt.


Elévation en 3D de Vincent Sajous ©


Modélisation