Le Carmel de Villeneuve d'Ascq

Le Carmel de Villeneuve d'Ascq, situé au 99 rue Masséna, constitue un modèle de l'architecture brutaliste. 


Sur le terrain donné par le comte de Montalembert à l'association Kerith, l'architecte lillois Philippe Lepère s'inspire de Le Corbusier pour réaliser 500 m² de modules de béton peints en blanc. Les modules d'habitation sont couverts en terrasse. 

Les locaux, prévus pour accueillir 22 sœurs, sont surélevés de 80 cm pour symboliser le détachement terrestre des religieuses et pour s'adapter au terrain marécageux.

Les soeurs ont vu dans l'installation à Villeneuve-d'Ascq l'opportunité d'un rapprochement avec les étudiants du campus de la ville nouvelle. 

La chapelle occupe le centre de l'espace. Un muret sépare l'espace public de la clôture réservée aux religieuses. L'ancienne prairie avait été remodelée comme un parc, avec des allées, une roseraie, un écran de peupliers et un oratoire de verdure. 

L'inauguration a eu lieu le 30 novembre 1974.


 

En 1989, le Carmel s'agrandit d'un atelier de dorure et de locaux dédiés à l'entretien du linge.


En 1997, une famille d'architectes s'installe dans les parties communes : réfectoire, chapelle et lieux de prières. Trois familles achètent les bâtiments situés dans le parc, convertis en habitations.


Les architectes réhabilitent le Carmel dans le respect du projet d'origine, puis demandent son classement aux monuments historiques. L'inscription à l'Inventaire supplémentaire des façades et toitures est prononcée le 21 novembre 2001.

 

Les architectes Sophie Bello et Philippe Caucheteux ont imbriqué des constructions contemporaines dans l'ancien Carmel de Villeneuve d'Ascq et proposé un principe subtil de densification de l'existant. Une des maisons fut lauréate du " Prix du Public ", en 2004.

 

Les propriétaires des différents lots se sont collectivement entendus pour fixer des règles communes harmonieuses, dans le but d'organiser les vis à vis, les vues et l'image globale du lotissement. La couleur blanche indique les bâtiments existants et le noir souligne les extension, les éléments légers.

 

Les architectes ont directement conçus quelques unes des maisons nouvelles et aider les autres propriétaires à tenir la cohérence de l'ensemble. Le résultat montre une belle réussite d'intégration et de dialogue entre patrimoine contemporain et architecture moderne valorisant un environnement paysager de qualité.


La maquette


La Chapelle







L'ancienne chapelle a été reconvertie en cabinet  pour les architectes



Les vitraux avec des symboles d'écriture



Un angle de La Chapelle


L'intérieur de La Chapelle






La zone d'accueil





Les cellules 










L'espace de prière au sommet


La forme  pyramidale de La Chapelle entre les cellules des carmélites



La cloche


Le banc a été sectionné sur sa gauche, il constituait à l'origine une séparation entre la zone d'accueil et la partie réservée aux Carmélites. Il persiste la construction cubique où se trouvait la cloche.
 




Le cloître et les parties communes


L'ancien réfectoire avec des grandes baies vitrées ouvrant sur la nature


Le cloître est en fait un demi-cloître






Les constructions de l'entrée







Extraits d'une conférence de Sophie Bello
complétés de recherches personnelles


La chapelle et la cloche - Dessin de Philippe Lepère

Le lieu d'implantation


Plan de situation dans les années 1960

" Délibérément nous avons opté pour la Ville Nouvelle, cette ville qui inclut le campus universitaire (tout en bas sur ce plan) où tant d'étudiants sont en quête d'autre chose. Nous voulons intégrer à notre place et selon notre vocation propre la vie de l'Eglise locale ". Sœur Geneviève décembre 1974.


Le Carmel est situé à la limite d'une zone rurale, avec des champs et des fermes, à proximité du Golf et des résidences du domaine de Brigode et du Lac du Héron. Cette ancienne zone marécageuse nécessitera de surélever les constructions, répondant ainsi en quelque sorte à une élévation spirituelle des lieux.

Les influences

Philippe Lepère est très marqué par les réalisations de Le Corbusier, Louis Khan, José Luis Sert et Marcel Breuer

Le collège du Christ Roi à Ottignies (Belgique)


Il s'agit de la première réalisation de Philippe Lepère, qui vent d'obtenir son diplôme d'architecte de l'école de Saint Luc (Belgique), en collaboration avec Paul Caulier. Ces bâtiments qui réunissent un couvent et un collège sortiront de terre entre 1960 et 1965. Très inspirés du brutalisme et de le Corbusier.



Dessins des architectes

" Le programme de ce complexe prévoit de rassembler un couvent avec un collège en les articulant autour d’espaces communs. Le site choisi est un vallon de 7 ha boisé qui s’ouvre vers l’ouest. 


Ce paysage détermine la composition des volumes parallélépipédiques agencés à partir d’une trame orthogonale s’appuyant sur la déclivité. L’expression des façades alterne des surfaces en béton apparent coulé sur place à d’autres recouvertes de crépi. 



Cliché de Maud Faivre pour le département architecture de Flandre Wallonie

Le projet s'inspire directement du couvent dominicain de Sainte-Marie-de-la-Tourette à Éveux-sur-l’Arbresle, œuvre majeure de Le Corbusier terminée en 1959. La composition est basée sur Le Modulor, système conceptuel de l’architecte français, et des nombreux éléments et détails rendent la filiation explicite. La lumière naturelle sculpte les volumes et ajoute une trame graphique mouvante qui magnifie les pleins et les vides. Le programme se déploie sur cinq niveaux permettant d’isoler les fonctions, d’organiser rationnellement les circulations et de profiter du rapport au paysage. 



Cliché de Maud Faivre pour le département architecture de Flandre Wallonie

Au début, le collège doit accueillir cent quatre-vingts élèves qui ont à leur disposition des dortoirs individuels, les locaux de cours, une salle des fêtes, une piscine et des équipements sportifs. La partie du couvent est placée à l’écart pour garantir la tranquillité nécessaire pour la prière et l’étude. Il est composé de vingt-quatre cellules, d’un oratoire, d’un réfectoire, des salles communes et de la bibliothèque. Le hall d’accueil et la chapelle sont partagés et présentent des qualités spatiales importantes. En particulier, la chapelle est un volume autonome. Une masse en béton, portée par cinq voiles à la disposition aléatoire, placée sur l’axe central et transversal du complexe pour démarquer les deux fonctions. Il présente peu de percements sur les faces, mais un puits de lumière carré d’une grande présence lyrique est placé au-dessus de l’autel. 



Cliché de Maud Faivre pour le département architecture de Flandre Wallonie


À partir des années 1990, les cellules ont été transformées en salles de classe et, quelques années plus tard, les espaces du couvent ont été intégrés au collège avec le départ des derniers pères rédemptoristes. Une série de transformations intérieures a dû être effectuée sans affecter la volumétrie générale du complexe , à l'architecture brutaliste remarquable. " Maurizio Cohen


Le premier projet du Carmel de Villeneuve d'Ascq



Très éloigné de la notion du village, ce projet ne sera pas retenu d'un commun accord entre l'architecte et les carmélites.

Le voyage déclencheur


Le Carmel de la Paix à Mazille de José Luis Sert

C'est à l'occasion d'un déplacement en Bourgogne à Mazille, en mai 1972, pour découvrir le Carmel créé par l'architecte espagnol José Luis Sert que Philippe Lepère trouve l'inspiration pour un nouveau projet. Ce cliché est à mettre en parallèle avec la construction de Villeneuve d'Ascq, on y trouve notamment la cloche et le mur séparation.





Plan du Carmel de Mazille (Saône et Loire)
La chapelle est contiguë à une placette au centre des bâtiments de la communauté, les cellules sont excentrées. On retrouve le plan du village avec les notions de groupe et d'individus.

Le Carmel de Villeneuve d'Ascq


Plan du Carmel de Villeneuve d'Ascq
Les cellules sont également excentrées par rapport aux bâtiments communs (réfectoire, atelier, accueil et chapelle). On retrouve également une placette au pied la chapelle et de la zone d'accueil.



La chapelle en forme de cheminée




À gauche la cloche du Carmel de Villeneuve d'Ascq et à droite celle de la Tourette de Le Corbusier



Au centre une cellule au couvent de la Tourette de le Corbusier (le père spirituel) et aux extrémités deux cellules au Carmel de Villeneuve d'Ascq de Philippe Lepère (le fils spirituel)


La seconde vie du Carmel

Les sœurs ne pouvant plus assurer la pérennité du lieu, elles avaient vendu à un promoteur. C'est l'annulation du permis de démolir par la mairie de Villeneuve d'Ascq, qui permet de présenter un projet alternatif avec la sauvegarde du Carmel de Villeneuve d'Ascq. 


Le Carmel en 1996 lors du départ des Carmélites



Ce sont 4 familles qui se regroupent, pour habiter les lieux à partir de 1997, dont les architectes Sophie Bello et Philippe Caucheteux. Ces derniers vont occuper la chapelle et les bâtiments communs pour y implanter leur agence d'architecture et leur habitation (1, 2, 4 et 5 sur le plan). Les 3 autres familles transformant les cellules en logement plus appropriés en les réunissant (n° 3 sur le plan précédent).


Plan d'une cellule
Malheureusement les bâtiments ne sont pas réalisés sur le principe du poteau poutre permettant une évolution de la construction. La réunion de plusieurs cellules à toutefois été possible pour la conception de structures plus grandes.


Plan masse de 1997


Les enfants des premières familles sur le mur de clôture


Etat en 1997 après travaux, les éléments d'intervention sont volontairement en noir


Les structures originelles sont volontairement laissées en blanc

Secondairement, à partir de l'an 2000, une implantation de quatre constructions respectueuses de l'harmonie architecturale se fera au niveau du parc.



Maquette des 4 villas implantées dans le parc




La maison n°4 parfaitement intégrée dans l'environnement



Le principe a été de conserver en blanc les éléments originaux et de réaliser en noir les structures ajoutées